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Date de mise en ligne : 12 novembre 2020

Sahara marocain: cinq questions au vice-président de l’université américaine de la Nouvelle Angleterre

L’universitaire maroco-américain et vice-président aux Affaires mondiales à l’université américaine de la Nouvelle Angleterre (UNE), Anouar Majid, revient, dans cet entretien à la MAP, sur les derniers développements que connait la question du Sahara marocain ainsi que le contenu du discours Royal à l’occasion du 45è anniversaire de la Marche Verte.

M. Majid, qui est également directeur du Campus de Tanger de l’Université de la Nouvelle Angleterre et auteur de plusieurs ouvrages en politique et en histoire, souligne que le Maroc a fait du Sahara un véritable modèle de développement, et un catalyseur d’intégration régionale et continentale. Il relève aussi l’impératif d’une implication pleine et sérieuse de l’Algérie, comme l’a encore rappelé le Conseil de sécurité de l’ONU, pour hâter le règlement définitif du différend artificiel autour du Sahara.

– Au cours des 45 dernières années, le Sahara marocain a connu une transformation et un développement importants qui ont fait de cette partie du Royaume un pôle régional prospère et pleinement intégré. Quelle est votre évaluation de ces avancées?

Je ne connais aucun pays au monde qui ait investi autant dans ses provinces libérées que le Maroc a fait dans son Sahara. Il a toujours été évident que pour le Maroc, le recouvrement du Sahara est une question de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale.

De nouvelles routes, des écoles, des ports et des aéroports ont relié la région du Sahara au reste du pays, ce qui en fait une partie intégrante du tissu social et économique du Maroc.

– Dans le discours Royal de la Marche Verte, SM le Roi Mohammed VI a exprimé l’engagement de faire du Sahara un moteur de croissance économique aux niveaux régional et continental, en mettant en valeur notamment l’énorme potentiel maritime de la région. Quelle est votre réaction à cette annonce ?

La décision de transformer les provinces du Sud du Maroc en un hub maritime majeur avec la construction du port Dakhla Atlantique, qui sera similaire à celui de Tanger-Med, constitue un véritable coup de génie. Depuis 45 ans, soit depuis la récupération en 1975 par le Royaume de ses provinces du sud, le Maroc n’a eu de cesse d’investir dans son Sahara, faisant du processus d’intégration de cette région à la mère patrie un modèle unique dans le monde en termes de développement socio-économique.

La récupération du Sahara a été le catalyseur d’une stratégie nationale de gouvernance et de développement économique autonomes, et la détermination de Sa Majesté le Roi à promouvoir les ressources maritimes de la région, que ce soit dans le domaine de la pêche ou dans le secteur dynamique des transports, ne peut que donner à la région du Sahara un énorme élan et la transformer – à l’instar de la ville et la région de Tanger – en l’un des principaux pôles économiques du pays.

– SM le Roi a également souligné que le plan d’autonomie est l’unique cours d’action normal pour la résolution du différend régional autour du Sahara. Quel est votre point de vue, surtout que l’ONU et la communauté internationale ont définitivement enterré l’idée de référendum?

Depuis plusieurs années déjà, SM le Roi a promu l’autonomie au Sahara dans le cadre de la régionalisation avancée au Maroc, et il est temps que le gouvernement et les autorités locales mettent pleinement ce plan en mouvement. L’autonomie est l’unique voie qui permet aux habitants du Sahara de gérer leurs affaires locales et de s’investir en toute liberté dans leur communauté.

Parler maintenant d’un référendum au Sahara, surtout à la lumière de la reconnaissance par la communauté internationale de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud, est un vœu pieux – et dangereux. Ce genre de revendication prolonge tout simplement les tensions inutiles qui ne mènent à rien.

La région du Sahara et ses habitants ont tout à gagner en étant une économie dynamique et une porte d’entrée vers le reste de l’Afrique. Quiconque se soucie réellement du Sahara et de ses habitants doit adhérer incessamment à l’initiative Royale. Car trop de temps a déjà été gaspillé.

– Quinze pays africains, en plus des Émirats Arabes Unis, ont inauguré des consulats dans les villes de Laâyoune et Dakhala. Comment évaluez-vous un tel appui ?

Les pays africains et arabes qui ont ouvert des consulats au Sahara marocain prennent non seulement une position diplomatique forte, mais ils agissent également avec sagesse. Car le Sahara marocain borde une région instable, où les éléments d’Al-Qaïda, de Daech et d’autres organisations terroristes ont fait des percées. Il faudra beaucoup d’efforts concertés et de coopération entre les pays de la région et le Maroc, ainsi que la France et les États-Unis, pour tenir ces forces du mal éloignées et protéger les routes commerciales qui sont si importantes pour les moyens de subsistance des populations de la région.

Le Maroc a prouvé ses prouesses en matière de sécurité et de lutte contre l’extrémisme, et son expérience en la matière pourrait être très utile à ses voisins et, en fait, à tout le continent africain.

Il faut garder à l’esprit que le Maroc investit massivement en Afrique et a développé des liens économiques solides avec de nombreux autres pays africains. Les partenaires du Royaume savent qu’un Maroc unifié et stable est essentiel pour la stabilité de la région et pour le développement dans toute l’Afrique et le monde arabe.

– Dans sa dernière résolution sur le Sahara, le Conseil de sécurité de l’ONU a de nouveau mis l’accent sur la nécessité pour toutes les parties concernées, y compris l’Algérie, de participer pleinement et de manière sérieuse au processus politique? Quelle lecture faites-vous de cette nouvelle interpellation destinée à Alger?

L’Algérie pourrait aisément jouer un rôle clé dans la résolution du différend sur le Sahara marocain. Ce pays voisin pourrait arrêter de donner refuge aux séparatistes, cesser de les soutenir et aider à négocier leur intégration au sein de la mère-patrie, le Maroc.

Une résolution de ce conflit est dans le meilleur intérêt à long terme des deux pays frères. Dans l’état actuel des choses, le conflit bloque l’émergence d’un partenariat solide qui pourrait promouvoir leur avenir commun et faire du Maghreb l’une des plus fortes unions économiques et politiques en Afrique, en Méditerranée et dans le monde arabe.
12/11/2020