Libération du Sahara de l’occupation espagnole

L’occupation par l’Espagne des côtes du Sahara avait eu lieu en trois étapes distinctes dans l’espace et dans le temps. La première s’était étalée de la fin du 15ème siècle jusqu’à la fin du 19-ème siècle et durant laquelle les ambitions coloniales espagnoles s’étaient limitées au commerce des esclaves, aux échanges commerciaux et à la pêche maritime dans des eaux riches en ressources halieutiques, ainsi que la protection des îles Canaries que l’Espagne avait récupéré après une bataille acharnée contre les combattants marocains.



La deuxième étape vient après l’occupation de Dakhla en 1885 par les Espagnoles qui avaient annoncé lors de la conférence de Berlin qu’ils étaient devenus une partie dans l’équation africaine, en demandant qu’ils soient pris en compte dans la répartition du continent noir entre les puissances coloniales.



Ces ambitions avaient été renforcées par l’accord signé en 1904 conclu discrètement avec la France reconnaissant les prétentions espagnoles sur Rio de Oro et Sakia Hamra. C'est ainsi qu'à partir de 1934, l'Espagne, jusque-là implantée seulement sur la côte, s'installa effectivement à l'intérieur du pays en occupant la ville de Smara, sachant qu’elle considérait cette partie du Sahara occidental comme faisant partie intégrante de sa part dans le protectorat sur le Maroc, laquelle partie qui était gouvernée à la fois par le Khalifa du Sultan et le délégué espagnol résidant à Tétouan.



Force est de constater que la décrépitude de la colonisation espagnole résultait des événements qui s’étaient déroulés en cette période notamment la guerre civile entre 1936 et 1939 qui avait porté au pouvoir le Général Fransesco Franco. Ce dernier avait renforcé la présence de l’Espagne au Sahara, arguant que ce territorial ne faisait pas partie du territoire marocain. Le Général Franco avait également profité de l’aide financière américaine dans le cadre du Plan Marshall pour concrétiser ses convoitises coloniales et lancer des investissements rentables au Sahara.



Ce faisant, le général Franco dissocia l’administration du Sahara de celle du protectorat espagnol à Tétouan en proclamant en date du 20 juillet 1940 la naissance d’une entité sous le nom « Afrique occidentale espagnole » regroupant Sidi Ifni et les provinces sahariennes, administrée par un gouverneur général résidant à Ifni et son adjoint à Laâyoune. Le gouverneur général dépendait directement du gouvernement espagnol à Madrid sous l’égide de « l’administration générale pour le Maroc et les colonies » créée le 15 décembre 1925 lors de la guerre du Rif, sachant que ce gouverneur général gérait les affaires de cette région depuis la province de Tekna en tant que Haut Commissaire adjoint du protectorat espagnol à Tétouan.



Il va sans dire que l’une des manifestations de régime néo-colonial dans le sud du Maroc réside dans le changement du nom de Tarfaya par celui de villa Bens en 1949, la visite officielle effectuée par Franco pour s’enquérir de visu des gisements de phosphates en 1950, ainsi que la création en 1952 d'une entreprise baptisée Adaro relevant à l'Institut National de l'Industrie (Instituto Nacional de Industria) chargé de l’exploration des mines de phosphates.



C’est ainsi que la colonisation espagnole avait franchi l’éatpe des investissements industriels au Sahara à un moment où le protectorat français au centre du Maroc arrivait à sa fin notament avec la révolution du Roi et du peuple du 23 août 1953 ayant conduit à l’indépendance, sachant que ni la France ni l’Espagne n’avaient reconnu la souveraineté du Maroc sur ces provinces sahariennes. En effet, la France avait crée la Mauritanie. Lui emboitant le pas, l’Espagne avait proclamé la naissance des provinces sahariennes de l’Atlantique.



Ainsi,commenca une deuxième phase de manoeuvres espagnoles que le Maroc avait affrontées. C’est ainsi que l'Armée de libération avait, juste après l'indépendance, transféré son Jihad du Nord vers le Sud et réussi en un temps record à forçer les Espagnols à se retirer de l'intérieur du Sahara et pour se cantonner une autre fois sur les côtes, ouvrant ainsi la voie aux combattants de l’Armée de libération qui menaçaient sérieusement la Mauritanie française.



Dans l'esprit de feu Mohammed V, aucune unité nationale du peuple marocain n'eut pu être conçue et encore moins réalisée sans le retour à la mère patrie de nos provinces encore sous occupation espagnole. Quand, le 25 février 1958, il rend visite aux populations de M'Hamid al-Ghizlane, il posa de nouveau, sans emphase, la question du Sahara en des termes qui dissipent toute ambiguïté: «...Notre grand père Moulay El-Hassan, déclare-t-il, a effectué deux voyages dans le Sahara pour consolider l'unité du Maroc et sa souveraineté sur l'ensemble des parties de son territoire national au moment où il était l'objet de convoitises étrangères...".



Et le Souverain d'enchaîner alors : «Notre joie est immense d'être accueilli à M'Hamid, porte du Sahara, par les fils de ceux qui avaient reçu notre ancêtre Moulay El-Hassan : Reguibat, Chenguit, Tekna, Ouled Delim et autres tribus sahariennes…Nous proclamons solennellement que nous poursuivrons notre action pour le retour de notre Sahara, dans le cadre du respect de nos droits historiques et conformément à la volonté de ses habitants…». Au même moment, en effet, la France décida de mettre sur pied le dispositif militaire pour lutter contre l'Armée de Libération Marocaine (ALM) . Les résistants marocains, issus notamment des Aït- Bâamrane, après avoir réussi à libérer la ville de Smara en 1956 et une partie importante du Sahara, prennent pied à partir du littoral atlantique jusqu'aux oasis du Touat, menaçant de défaire d'un seul tenant et les garnisons espagnoles et les troupes françaises implantées sur les confins, au nord de la Mauritanie. La reconquête du Sahara par l'ALM, la menace persistante qu'elle fait peser sur les confins sahariens de l'est, suscitent non seulement la panique, mais une prise de conscience au sein de l'état-major français.



C'est «l'opération Ecouvillon» de février, mars et avril 1958 où les troupes françaises viennent à la rescousse des forces espagnoles, mises sérieusement à mal, procèdent non sans peine à la reconquête du territoire.



Jamais la France n'aurait engagé son armée de l'Afrique Occidentale Française (AOF) aux côtés de l'armée espagnole en détresse pour permettre à Franco de récupérer le Rio de Oro (Oued Eddahab) et la Sakia Al-Hamra si la présence victorieuse de l'Armée de libération marocaine ne présentait pas une menace pour Tindouf et une épine plantée dans le dispositif français au sud de la Soaura et dans le nord de la Mauritanie.



Quelque 10.000 soldats français et espagnols, équipés d'armes modernes, appuyés par l'aviation, quittaient Bir-Moghrein (ancien Fort Trinquet) pour reprendre ce que l’Armée de libération avait libéré.

Deux mois après le discours de feu Mohammed V à M'Hamid Ghizlane et l'opération Ecouvillon, l'Espagne cède le 10 avril 1958 au Maroc la province de Tarfaya en vertu de l’accord de Cintra.

De ce fait, les manœuvres espagnoles s’étaient intensifiées pour exploiter les régions du Sahara dévastées par une autre période de sécheresse entre 1959 et 1963. C’est ainsi que l’Espagne avait ouvert la voie de l'exploration pétrolière (juin 1960), ce qui avait fait couler la salive des propriétaires des grandes entreprises espagnoles. Cette ambition avait été aussitôt mise à l’eau après que des élements de l’armée de libération aient enlevé en mars 1961 des employés exerçant dans les champs d’exploration cependant. Mais les intentions impérialistes de l'Espagne s’étaient renforcées par la proclamation de la république de Mauritanie et sa reconnaissance par l’ONU en décembre 1960.



C’est en 1960 que l’intérêt pour les phosphates fut relancé. Le 4 juillet 1962, l’entreprise minière espagnole « Empresa Nacional Minera del Sahara » voyait le jour avec, pour objectif, la recherche de conditions d’exploitation économiquement rentable. C’est à Boucraa que fut découvert un gisement de phosphates des plus prometteurs.



La Maroc avait, pour sa part, suivait de très près ces manœuvres et revendiqué ses droits dans les différents foras internationaux par la voix de feu le Roi Hassan II. En 1963, la question du Sahara occidental avait été inscrite sur la liste des territoires non autonomes à la liste des territoires défavorisés d'autonomie, ce qui avait poussé l’Espagne à un simulacre d'élection pour la mise en place de conseils municipaux à Laayoune, Dakhla et un Conseil provincial sus le nom de « Cabildo » présidé par Said Khattri Ouled Joumani. Convaincu de la nécessité de régler les problèmes avec l'Espagne par les voies pacifiques, feu le Roi Hassan II rencontra le Général Franco à l'aéroport Brajas à Madrid le 1er juillet 1963. Lors de cette rencontre, les deux dirigeants avaient convenu de discuter d'une solution pacifique à la question du Sahara. Mais, le 17 juillet de la même année, trois députés du Sahara furent leur entrée au Cortès espagnol à un moment où le Maroc se trouvait encerclé de toutes les côtés: l’Espagne (nord et au Sud), la Mauritanie, la France (Sud du Sahara) et l'Algérie, qui dès son accession à l’indépendance le 5 juillet 1962, elle a renié ses engagements vis-à-vis du Maroc notamment de ne pas revoir le tracée des frontières imposé au Maroc par la colonisation française.



Ceci avait été à l’origine de la guerre des sables qui s’était déclenchée en 1963 entre le Maroc et l’Algérie. Le Royaume s’était sorti vainqueur de cette guerre. Cependant, le Maroc n'a pas tiré profit de cette victoire du fait de la désapprobation par l’opposition de toutes les initiatives de feu Hassan II durant les années 60, une situation qui avait été saisi par les adversaires du Maroc. Ces derniers avaient contraint le Maroc à opter pour la voie diplomatique en jouant sur la carte de l’indépendance.



Cependant, le Maroc avait remporté une importante victoire diplomatique en octobre 1964 lorsque le Comité de la décolonisation relevant de l’ONU qui avait nié toute dépendance à l’Espagne des régions sahraouies et reconnu le droit des populations sahraouies à l'autodétermination. Par conséquent, feu Hassan II avait crée en 1965 un ministère chargé des affaires mauritaniennes et sahariennes et confia son portefeuille à un des noms de la famille alaouite en l’occurrence Driss Alaoui. Quant à l'Assemblée générale des Nations Unies, elle avait publié sa première décision qui appelle l’Espagne à mettre fin à la colonisation de Sidi Ifni et des provinces sahariennes (16 décembre 1965). Mais, l'Espagne était en ce moment préoccupé par l’élection des membres du deuxième Cabaldo, dont la présidence a été confiée à Sella Ouled Abida, faisant part de son approbation de la mise en œuvre du principe de l’autonomie du Sahara atlantique. En 1966, il avait été procédé à la création du front de libération du Sahara par la jeunesse sahraouie, qui poursuivait ses études aux écoles et universités marocaines, alors que l’Etat avait réitéré son soutien au principe de l'autodétermination au sein de la commission onusienne de décolonisation (juin 1966), ce qui avait amené l'Assemblée générale à appeler à l’organisation d’un référendum des populations sahraouies (Décembre 1966). La réaction de l'Espagne avait été aussi rapide. Elle avait transformé le Cabaldo en « Jemaâ » composée d’une majorité désignée par



l'administration espagnole et une minorité élue par les tribus et présidée par Sella Ouled Abida (septembre 1967).



Pour sa part, le mouvement de la jeunesse sahraouie s’était regroupée dans une organisation baptisée « Mouvement de libération de Sakia El Hamra et Rio de Oro » sous la direction du martyr Mohamed Ould Sidi Ibrahim Al-Boussairi, ce qui avait attisé la confrontation entre le front de lutte pour la libération du Sahara et les les autorités espagnoles.



L’année 1969 constituait le début d’un tournant décisif dans l'histoire de la colonialisation espagnole en ce sens que le gouvernement espagnol avait procédé à l’exploration des mines des phosphates. C’est ainsi qu’il créa la compagnie Fosboucraâ qui avait mis en place au port de Laâyoune le matériel nécessaire pour le forage, les équipements d’épuration ou encore les quais de débarquement et ce dans une tentative de détourner l’attention du Maroc sur Ifni, récupéré en juin 1969.



L’année d’après, le ministre espagnol de l'Industrie espagnol Gregorio López Bravo avait effectué une visite à Rabat et proposé à Hassan II d’abandonner les provinces du Sahara en échange de participer à l'exploitation des phosphates de Boukraa, mais le Souverain refusa officiellement cette proposition. La lutte pour la libération de l’occupation espagnole s’était poursuivie. Ainsi, la première manifestation populaire des jeunes sahraouis pour la libération du Sahara avait eu lieu au quartier de Zemla à Laâyoune sous la direction de Mohamed Ould Sidi Ibrahim Al-Boussairi, qui avait été arrêté et tué par les bourreaux espagnols en juin 1970. Dans ce contexte, feu Hassan II se rendit compte que la bataille diplomatique nécessite du Maroc la reconnaissance de la République de Mauritanie pour resserer les rangs du Maroc, de l'Algérie et de la Mauritanie, le but étant de mettre fin à l’occupation espagnole des régions sahraouies. En effet, le premier sommet tripartite s’était tenu en septembre 1970 et avait réuni feu le Roi Hassan II et les présidents algérien, Houari Boumediene et mauritanien, Mokhtar Ouled Dadda.



En 1971, le « Mouvement pour la libération du Sahara » avait vu le jour à l’initiative des jeunes résidant dans les différentes villes du Royaume. En 1972, ce mouvement de libération avait organisé sa première manifestation à Tan Tan. Mais, le Général Oufkir avait ordonné l’oppression de cette manfestation, profitant ainsi de la conjoncture difficile que traversait le Maroc notamment après le coup d’Etat de Skhirat en 1971.



Pour sa part, Édouard Moha fonda en 1969 le mouvement révolutionnaire des Hommes bleus (Morehob) qui lutteaitcontre l’occupation espagnole du Sahara occidental et pour son rattachement au Maroc.



Le 10 mai 1973, le Polisario (Frente por la liberación del Saguía y del Río de Oro) fut crée par El-Ouali Moustapha Sayed. Le 20 mai de la même année, le front Polisario attaque le poste de police espagnol d'El Khanga et signifie par ce geste, l’ouverture des hostilités vis-à-vis de l’occupation.



Le 30 septembre 1973, Lahbib Ayoub à la tête d’une colonne hétéroclite armée de fusils dépareillés, lance une attaque couronnée de succès contre un poste espagnol, du côté d’Amgala. Le 2 novembre 1974, Le Polisario s'empare de Lagouira sans combat.



En juillet 1973, une rencontre avait eu lieu à Agadir entre feu le Roi Hassan Il, Houari Boumediene et Moktar Ould Daddah. Lors de cette réunion, les dirigeants des trois pays avaient appelé à la mise en œuvre des décisions de l’ONU concernant le Sahara occidental. Dos au mur, le général Franco avait annoncé qu’il allait satisfaire la demande de la Jmaâ sahraouie visant à élargir les compténces de cette instance consultative. Mais, les combats entre les sahrapuis et l’armée espagnoles s’étaient intensifiés (Bataille Coeur rouge en janvier 1974 et la bataille Oukira en mars de la même année), ce qui avait amené le Général Franco à annoncer l’« Estatuto Politioco » en juillet 1970 visant à octroyer une autonomie aux régions sahraouies.



Durant les années 1970, et spécialement en 1974, l’Espagne franquiste, qui venait d’effectuer un recensement général des populations sahraouies, s’apprêtait à organiser un référendum d’autodétermination. En préparatifs à cette consultation, le Général Franco créa le parti révolutionnaire progressiste (Partido revolucionario progresista) qui avait été aussitôt remplacé par la parti de l’Union nationale sahraouie (partido de la unión nacional saharaui –PUNS-)



Le Maroc décida alors de porter cette question devant la Cour Internationale de Justice (CIJ), soutenu en cela par la Mauritanie. L’Espagne refusa auparavant de régler le contentieux par la voie judiciaire. D’ailleurs, elle rechignait à accepter la demande de l’avis consultatif. Par le biais de l’Assemblée générale, la CIJ a répondu aux questions qui lui ont été posées. Premièrement, elle a dit que le Sahara occidental n’était pas, avant l’établissement de l’Espagne en 1884, une terra nullius. Deuxièmement, elle a reconnu l’existence de liens juridiques d’allégeance entre les Sultans du Royaume et les tribus sahariennes. Quant aux autres points traités par l’Avis consultatif, notamment la préconisation de l’autodétermination des populations sahraouies, selon une approche d’ailleurs contestable, ils apparaissent comme peu pertinents, le plus important demeurant qu’il ait conforté la thèse des droits historiques du Royaume sur le Sahara.



Le Maroc a donc considéré que l’Avis consultatif du CIJ, notamment dans son premier volet concernant la reconnaissance des liens juridiques d’allégeance, était un argument juridique suffisant pour lancer la Marche Verte. La préparation de cet événement majeur s’est faite dans la plus grande discrétion. L’organisation logistique a été impressionnante. Plusieurs délégations de pays étrangers, amis du Maroc, ont participé à cet événement de taille. Même des pays qui comptaient parmi les soutiens du Front Polisario, notamment la Libye, envisageaient de prendre part à cette Marche.



L’un des succès diplomatiques incontestables de la Marche Verte du 6 novembre 1975 résidait dans le fait qu’elle ait précipité le départ de l’Espagne du Sahara occidental occupé. La concrétisation juridique de ce départ s’est faite par le truchement de l’Accord de Madrid signé le 14 novembre 1975. Il s’agit d’un accord tripartite signé, par le Maroc, l’Espagne et par la Mauritanie. En vertu de cet arrangement, l’administration du territoire saharien fut transférée au Maroc et à la Mauritanie. Le 28 février 1976, l’Espagne s’est retirée définitivement du territoire. En août 1979, après le retrait de la Mauritanie de Oued Eddahab, à cause des revers militaires qu’elle a essuyés de la part des milices du Polisario, le Royaume du Maroc a étendu son contrôle sur cette zone, achevant, ainsi, le recouvrement d’une intégrité territoriale tant revendiquée. Cette reconquête a permis au Maroc de sceller sa réunification territoriale, surtout qu’elle s’est exprimée par l’acte du serment d’allégeance prêté au Roi par les chefs des tribus sahraouies.