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Date de mise en ligne : 27 août 2016

Mohamed Al-Beilllal, l’artisanat sahraoui au bout des doigts

De la fabrication d’objets en métal au travail sur le bois, en passant par la bijouterie, le tissage traditionnel et la maroquinerie, Mohamed Heddi Al-Beillal, la quarantaine sonnante, est bel et bien une référence dans le domaine de l’artisanat sahraoui à Laâyoune, en étant à la fois créateur, formateur, acteur associatif et auteurs de livres sur le patrimoine matériel et immatériel local.

Sous ses airs humbles et affables, ce jeune sahraoui, lui-même fils d’un ancien vétéran et fin connaisseur de l’artisanat sahraoui, donne l’assurance et la plénitude d’un grand maître, traînant derrière lui un lourd bagage d’expériences et nourrissant de grands espoirs pour le développement du secteur et l’amélioration de la situation de ‘’ses frères et ses sœurs dans le métier’’.

Ayant grandi dans un foyer foncièrement attaché à l’artisanat (son père excellait dans le travail sur le bois et sa mère pratiquait la maroquinerie), Al-Beillal n’a eu qu’à franchir le pas à l’âge de 8 ans pour embrasser les métiers traditionnels dans la droite ligne balisée par ses parents, bien que les contraintes et les difficultés, comme l’affirme lui-même, étaient et sont encore de taille, dans un environnement socioculturel se nourrissant de certains clichés négatifs sur le travail des artisans.

« Depuis mon enfance, je prenais plaisir à travailler aux côtés de mon père qui, lui, était un grand maître bien connu dans toutes les régions du sud et au-delà des frontières sud du Royaume… », confie-t-il dans un entretien à la MAP.

L’ambition et le travail pour la promotion de l’artisanat sahraoui

Entreprenant et ambitieux, il se fait, en quelques années, remarquer par la qualité de son travail pour devenir l’un des talentueux artisans dans les provinces du sud, en enchaînant les participations aux manifestations et aux voyages professionnels à l’échelle national et à l’étranger.

En 2008, il fonda l’association « Assil », dédiée à la protection des « fondements de la culture hassanie dans les provinces du sud ». L’association allait s’avérer d’un grand apport pour tous les acteurs intervenant dans le secteur.

Quelques mois seulement après sa création, la jeune association va se distinguer par une action pionnière, en procédant, en partenariat avec la wilaya de Laâyoune-Boujdour-Sakia-El Hamra et le conseil provincial, à la distribution, à titre gracieux, d’un lot de matière première au profit des artisans locaux de l’argenterie dans le cadre de l’initiative nationale pour le développement humain (INDH).

Entretemps, Heddi Al-Beillal sera sollicité par l’organisation des Nations-Unies pour le développement industriel (ONUDI) en vue de former des associations et des coopératives locales dans les provinces de Guelmim et Assa.

Mais l’une « des grandes œuvres » de cet artisan talentueux, qui vient d’être nommé délégué régional de la fédération marocaine des industries du Cuir (FEDIC), demeure la conception de la grande tente du prestigieux Moussem de Tan Tan, une œuvre qui a été réalisée au bout d’une année et demie de travail, avec la participation de l’ensemble des associations d’artisanat dans les provinces du sud, se remémore-t-il avec fierté.

Aux côtés des prix qu’il a obtenus lors de prestigieux manifestations (le dernier en date est celui remporté au congrès mondial du tourisme et des métiers à Riyad), Al-Beillal s’est distingué par la publication en 2011 de son premier livre (en langue française) « le tissage de la Khaima sahraouie, un art de patience », un ouvrage singulier résumant, à lui seul, toute la dextérité, le savoir-faire et la passion que nourrit ce jeune maître pour les métiers d’artisanat et son souci d’œuvrer pour les pérenniser.

De par sa portée et l’intérêt qu’il a suscité, ce livre lui a valu une place et un statut tout particulier en tant qu’artiste engagé pour la protection d’un pan essentiel du patrimoine national.

Son deuxième livre en arabe, « Le silence et l’image dans les productions traditionnelles dans les provinces du sud », est venu confirmer cet engagement en faveur de la protection de l’artisanat sahraoui authentique, « dont certains métiers, souligne-t-il, ont tout simplement disparu ».

Tout en saluant les efforts accomplis pour le développement du secteur, le président d’Assil égrène tout un chapelet de difficultés que les artisans rencontrent dans l’exercice de leurs métiers, lesquels représentent des facettes importantes du patrimoine local.

« Attachés tels qu’ils sont aux métiers qui leur ont été légués par leurs ancêtres, les artisans qui sont de braves et patriotes hommes et femmes et qui se battent au quotidien pour le rayonnement de l’artisanat, doivent être constamment encouragés, écoutés et soutenus par tous les acteurs dans le secteur », recommande-t-il.

Il estime que la protection des métiers traditionnels passe inéluctablement par l’amélioration de la situation matérielle des artisans et par la reconnaissance et la valorisation de leurs efforts, car leur travail et leur savoir-faire constitue une valeur ajoutée à l’économie et à l’image de toute la région, fait-il observer.

Aux dires du président de l’association Assil, une attention particulière doit être portée aux jeunes artisans pour les aider et les accompagner dans la création de leurs propres entreprises, parce que, dit-il, ce sont ces jeunes qui portent le flambeau de la pérennisation et de la modernisation du secteur.
Par Taoufik El Bouchtaoui
26/08/2016